
Dracoforge : un parcours vers la coutellerie
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Devenir coutelier n’était absolument pas prévu dans mes plans de carrière.
Cela peut paraître étonnant formulé de cette manière, mais il est vrai qu’avant 2021 je n’avais jamais envisagé de produire des pièces en tant que professionnel à temps plein. J’ai commencé à réfléchir relativement tôt (début collège) aux domaines dans lesquels je souhaitais exercer : aérodynamique, architecture, paysagisme, biologie et biomimétisme, agroforesterie… mais jamais la coutellerie ne m’était venue à l’esprit en tant que profession.
Comment passe-t-on de l’étude des biomes et systèmes de polycultures-élevages à la coutellerie d’art ? Les paragraphes ci-dessous ont pour objectif d’apporter quelques éclaircissements à ce sujet avec une petite aparté autour de ma spécialité, l’ajourage organique des lames en Dentelle d’acier.
L’Ajourage des lames en Dentelle d’acier
La Dentelle d’acier. C’est ainsi que je désigne ma spécialité : ces motifs organiques ajourés que je cisèle dans l’acier à l’aide de limes très fines appelées « limes aiguilles ». La Dentelle d’acier est donc un travail de minutie qui requiert patience et précision et qui est unique à mes créations. J’ai travaillé pour la première fois sur ces motifs il y a quelques années… par « erreur ». Je souhaitais représenter une crevasse, telle un sol craquelé, sur la lame d’un petit couteau fixe. Cet essai représentatif fut un échec que j’ai tant bien que mal essayé de rattraper à l’aide d’une petite lime de guillochage. À nouveau : résultat désastreux. Perdu pour perdu, j’ai convenu que la meilleure manière de dissimuler cette bavure était de la répéter sur l’ensemble du couteau. Sans vraiment savoir dans quelle direction aller, la Dentelle d’acier était née. Elle est aujourd’hui partie intégrante de l’identité visuelle des pièces Dracoforge.
Aux origines de la coutellerie d’art Dracoforge : premiers contacts avec un couteau
Remontons à l’année 2003, correspondant approximativement à mes 3 ans, durant laquelle, un beau jour, j’ai croisé le chemin d’un tout petit Opinel dans le recoin d’un vide-poche. Trop heureux d’avoir mis la main sur un objet « interdit », j’ai rapidement découvert la joie enfantine de tailler un bout de bois tout en restant le plus discret possible à ce sujet. Les mois se sont écoulés et ma découverte a fini par être révélée au grand jour. Mais force était de constater que mes mains n’en avait pas souffert, bien au contraire. Il y aurait beaucoup à dire sur les rapports aux lames, mais là n’est pas l’objet de cette page.
Pendant quelques années, je me suis fait offrir des couteaux régulièrement, constituant une petite collection : chaque couteau avait une forme de lame et de manche différente. Je les utilisais donc en fonction de mes préférences esthétiques et fonctionnelles, recherchant toujours le couteau parfait qui serait à la fois beau, confortable et qui couperait tout ce que je souhaite avec facilité. À noter que la notion d’affûtage m’a également été complètement étrangère pendant quelques années, ce qui a en bonne partie motivé l’agrandissement de la collection pour avoir des couteaux tranchants !…
Du couteau à l’épée
Quelques couteaux, c’est bien. Mais après avoir visité nombre de châteaux forts et pratiquant l’escrime sportive depuis plusieurs années, il me fallait désormais… une épée ! Heureusement, mon anniversaire arrivait bientôt, la demande fut transmise à bon entendeur. Il y a pourtant eu une petite erreur de compréhension lors de la commande : ce que j’avais en tête, ce n’était pas une épée en bois !
Par chance, à quelques kilomètres de la maison familiale, se trouvait une association de forge et ferronnerie d’art. Du haut de mes 12 ans et avec une idée bien précise derrière la tête, j’ai pu convaincre le maître ferronnier d’art, feu Monsieur Emile J., de m’accepter à la forge 1h30 par semaine pour apprendre à réaliser les éléments fondamentaux de la ferronnerie d’art. J’ai donc jonglé entre mes entrainements de gymnastique, d’escrime, de tir à l’arc et de ferronnerie. Malheureusement, malade, Emile J. est décédé quelques mois plus tard, ce qui mis un terme à la partie ferronnerie d’art à proprement parler.
L’association a néanmoins perdurée une année supplémentaire durant laquelle j’ai pu réaliser mes premières lames de couteau avec Eric M., également membre de l’association. J’ai découvert avec lui les premières étapes de la mise en forme de la lame à la forge, les normalisations, la trempe et le revenu, ainsi que quelques tests de coupe : mes premières lames, petites, tordues, brulées, cassantes étaient nées !
À l’époque, je n’avais probablement pas saisi la moitié des explications techniques qui m’avaient été données, mais qu’importe. Place au projet suivant : une dague. Projet qui aura tenu 10 minutes ; par manque de concentration, je laissai brûler la lame de ma future dague, la rendant inutilisable. Le morceau d’acier a été retourné et c’est finalement un petit couteau (le tout premier Dent de Lune !) qui a été forgé à partir du manche de la dague initialement prévue. La leçon était claire : chaque chose en son temps.
De la dague aux couteaux
L’association ferma l’année suivant mon arrivée. J’avais à peine eu le temps de comprendre les bases mais la forge de l’acier chaud ne laisse pas indifférent. J’ai donc construit une petite forge (c’est-à-dire empilé 10 briques réfractaires achetées avec mes économies et un sèche-cheveux « emprunté » à ma mère) dans le jardin de mes parents et poursuivi mes projets couteaux. J’ai eu la chance, en parallèle, de rencontrer Gérard H., coutelier hobbyiste et archer dans le même club que moi. Gérard est également le rédacteur du site exceptionnellement pédagogique coustil.free.fr qui fournit toutes les informations fondamentales pour débuter la coutellerie. Avoir quelqu’un à qui poser des questions, qui puisse relever mes erreurs et m’indiquer comment ne pas les reproduire, m’a permis de gagner énormément de temps, mais, surtout, de commencer à appréhender sérieusement et scientifiquement les traitements thermiques, éléments primordiaux dans la coutellerie.
De l’école d’ingénieur agronome à la coutellerie d’art

En 2019, en parallèle de mes études en agronomie, j’ai pu participer à un concours d’entrepreneuriat organisé par le PEPITE (Pole Etudiant pour l’Innovation, le Transfert et l’Entrepreneuriat) et, par la suite, intégrer ce réseau d’étudiants entrepreneurs. L’entreprise Dracoforge a été crée cette même année mais j’ai poursuivi les études en entrant en école d’ingénieur agronome en 2020, intégrant par la même occasion le Conseil d’Administration, le Bureau Des Etudiants et l’Association d’Art de l’école. Malgré une première année validée et une vie étudiante dynamique, force était de constater que certaines de mes valeurs et attentes n’étaient pas en accord avec celles des contenus de certains cours, ni avec celles de la politique de l’école et encore moins avec celles de la politique agricole actuelle. J’ai donc préféré emprunter une autre voie qui me semblait nettement plus stimulante : celle de l’entrepreneuriat et de l’artisanat d’art.
J’y retrouve l’esprit d’analyse technique, de stratégie et de compétences organisationnelles attendues d’un cadre supérieur tout en bénéficiant d’une grande liberté et de possibilités créatives globalement illimitées. Travaillant d’abord majoritairement sur des couteaux purement fonctionnels, à mesure que je me suis intéressé à la coutellerie à titre professionnel, j’ai découvert l’immense diversité qui fleurit au sein de ce milieu ainsi que le niveau technique extraordinaire de certains couteliers d’art. J’ai progressivement accentué mon attention sur les lignes, les matériaux, textures et finitions de mes créations. Finalement, j’en suis arrivé à créer des pièces riches de détails facultatifs mais qui ajoutent une dimension artistique non négligeable et, surtout, uniques en leur genre : je faisais mes premiers pas en coutellerie d’art.
La coutellerie artisanale et la coutellerie d’art comme quotidien
Aujourd’hui coutelier à temps plein, et ce, depuis 2022, je créée des pièces de coutellerie uniques dans le but de proposer des outils du quotidien qui allient beauté et fiabilité. Parmi mes créations, je distingue :
– la coutellerie artisanale qui consiste en la création de couteaux pratiques, aux lignes étudiées pour se loger dans la main de l’utilisateur/utilisatrice et répondre en priorité à un besoin technique tout en conservent une harmonie visuelle
– et la coutellerie d’art, qui reprend les mêmes fondamentaux en y ajoutant de nombreux détails esthétiques qui n’apportent que peu ou pas de plus-value fonctionnelle mais déploient tout le potentiel esthétique de la création.
À mes yeux, la coutellerie artisanale consiste donc en la fabrication d’un outil fonctionnel qui se doit d’être beau et qualitatif tout en gardant une certaine retenue sur son coût. La coutellerie d’art, elle, brille de par ses atouts esthétiques, avec textures, couleurs, incrustations ou associations de matériaux peut-être plus fragiles mais permettant des compositions exceptionnelles, dignes de véritables œuvres d’art tranchantes. La fonctionnalité de ces dernières est également un point de vue personnel qu’il m’arrive d’ailleurs d’outre-passer selon le projet : l’art est libre, l’humain également.
ianisfortin78550@gmail.com

