
Ajourages « Dentelle d’Acier » : qu’est-ce que c’est ?
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« Ces trous dans vos couteaux, vous les faites comment ? Ont-ils une utilité particulière ? ». Les ajourages en Dentelle d’acier signature de la coutellerie Dracoforge interpellent à coup sûr. Entrons en détail dans cette technique du travail du métal unique si particulière et minutieuse.
La Dentelle d’acier, art de patience et de minutie
Pour faire simple, Dentelle d’acier est le terme utilisé pour désigner les ajourages sculptés que je réalise sur mes pièces les plus prestigieuses. C’est une méthode d’ajourage que j’ai mis en place quelques temps avant de devenir coutelier à titre professionnel. D’un point de vue technique, la Dentelle d’acier est un procédé d’ajourage et de sculpture des couteaux à partir d’un trou circulaire, puis d’un limage progressif à l’aide de lime aiguilles pour en extraire un motif, généralement organique.
Origine de la Dentelle d’Acier
Le premier couteau que j’ai réalisé en Dentelle d’acier, le Masaï-Mara (photo ci-dessous), devait arborer sur sa lame une texture sculptée représentant un sol fissuré de sécheresse, sur le thème des parcs naturels africains. Si l’idée était très claire dans mon esprit, la réalisation de cette représentation partiellement ajourée l’était nettement moins.
Le premier essai en bout de lame s’est révélé peu convaincant. J’ai donc tenté de le rattraper grâce à une petite lime de guillochage, une lime aiguille. Il va sans dire que le résultat n’était pas à la hauteur de mes attentes, mais j’ai tout de même voulu persévérer dans le rattrapage. Coup de lime après coup de lime, les crevasses s’étaient agrandies et perdaient progressivement leur proportions. Perdu pour perdu, j’ai à ce stade décidé d’abandonner le projet initial du couteau craquelé et de prendre un peu de recul par rapport à ce que donnait ce résultat : loin du projet initial, il n’en restait pas moins assez harmonieux. J’ai donc multiplié les ajourages, et qui à ajourer, autant le faire correctement ; l’intégralité du couteau s’est donc retrouvé percé de trous, lame comme manche. Chacun de ces trous sur le squelette du couteau s’est ensuite vu limé progressivement jusqu’à ce que la lime de guillochage rende l’âme.

Un nouveau style avait fait son entrée dans le monde de la coutellerie : la Dentelle d’acier était née, indissociable du nom Dracoforge.
Développement de l’ajourage des couteaux
Ce Masaï-Mara, mon premier couteau d’art à proprement parler (vous pourrez retrouver ma conception de la coutellerie d’art en page Acceuil), est chargé d’un esprit bien particulier : celui d’un projet voué à l’échec qui s’est avéré être la plus belle des réussite. Je n’ai pas souhaité le mettre en vente, il est donc toujours en ma possession.
Bien m’en a pris car faire des trous et les limer ne suffit pas à réaliser une Dentelle d’acier dans les règles de l’art ; bien qu’étant le créateur du Masaï-Mara, il m’aura fallu le réobserver plusieurs fois et réaliser différents essais pour comprendre ce qui le rendait harmonieux dans son ensemble.
En parallèle, j’ai progressivement découvert le travail de sculpture sur couteaux de différents artistes, notamment des pays de l’Est comme Oleg Doroshenko ou Arpad Bojtos, ainsi que d’autres dont je suis malheureusement bien incapable d’écrire les noms. Plus connu en France, j’ai également fait la rencontre de Charles Roulin et des scènes dynamiques qu’il réalise sur les couteaux. Le travail de tous ces artistes m’a beaucoup intéressé mais je n’avais pas les moyens d’acquérir les micromoteurs et fraises au carbure de tungstène permettant de sculpter en petite taille sur l’acier. J’ai donc opté pour une réalisation sculptée à la lime suivant le même procédé que la Dentelle d’acier. En a découlé le Monarque Océanique, probablement ma pièce la plus emblématique et assurément la plus chronophage à ce jour…
Difficultés techniques liées à l’ajourage
Pour une pièce aussi imposante que le Monarque Océanique, différentes contraintes s’appliquent qui sont rarement rencontrées en coutellerie « classique ». Ce n’est pas simplement une pièce plus longue à réaliser ; elle est aussi nettement plus complexe à tremper correctement.
Plus la lame est haute, fine et longue, plus elle à de chances de bouger lors du choc thermique causé par la trempe. Ajoutez à cela que la lame est intégralement trouée, ciselée sur sa quasi-totalité et de manière totalement asymétrique et vous obtenez une lame qui aura 99% de chances de finir tordue ou cassée si vous la trempez directement.
Pour lui éviter ce funeste destin, il convient de bien maîtriser le traitement thermique et de suivre une série d’étapes précises. Seulement, ces dernières entrainent une diminution de la quantité de matière constituant le couteau : il faut donc savoir exactement d’où l’on part et où l’on souhaite arriver. À titre d’exemple, plusieurs dessins avaient été réalisés pour le Monarque Océanique afin de pouvoir estimer précisément quelle quantité de matière laisser en amont des traitements thermiques.
Si le travail à la lime est particulièrement long et fastidieux, il est relativement « simple ». Les traitements thermiques sur la lame ajourée, eux, sont réalisés en très peu de temps mais nécessitent de bonnes connaissances techniques et une certaine préparation en amont. Dans le cas contraire, le risque de passer d’une lame squelette à un squelette de lame brisée est particulièrement élevé… Aujourd’hui encore, après plus de 10 années de pratique de la coutellerie dont 5 à réaliser des lames ajourées, je ne suis jamais certain de réussir la trempe d’une lame ajourée.
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